Edito

Si vous aimez le Reims branchouille et un peu sélect, le Reims confidentiel mais pas trop, le Reims à l’écart des grands lieux de passage et des galeries commerciales. Si vous aimez goûter les premiers rayons de soleil place du Forum avec un café et un bouquin, tester ce nouveau vin déniché par votre ami le caviste curieux, si vous adorez faire du cabotage entre les boutiques de fringues et que vous êtes obnubilé par la quête d’un petit meuble usé juste comme il faut pour votre chambre, alors ce magazine est pour vous…

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ANTHONIN TERNANT ARCHANGE DE LA POP RÉMOISE

IL A ENSORCELÉ NOS OREILLES JUSQU'EN 2014 AVEC LES BEWITCHED HANDS, AVANT DE RÉÉCRIRE SON HISTOIRE MUSICALE EN TROIS ACTES : ANGEL, BLACK BONES ET THE WOLF UNDER THE MOON. LA TRINITÉ, C'EST LUI. RENCONTRE AVEC L'ARCHANGE DE LA POP DES 90'S, DE LA PUNK BUBBLE GUM ET DES LUMIÈRES STROBOSCOPIQUES. Le pied d'Anthonin Ternant commence à frétiller sous la table du Cardinal. Le leader des Black Bones est plus inspiré lorsqu'il s'agit d'évoquer l'univers onirique de ses clips que les détails de sa personnalité ou les lieux qu'il aime fréquenter à Reims. À 40 ans, ce blond au teint diaphane et aux dents du bonheur n'est plus l'adolescent « suiveur » qui a commencé la musique pour faire comme ses copains skateurs. Bercé par le rock indé des 90's, et surtout les Pixies, son groupe de référence, il se distingue avec les Bewitched Hands au plus fort de la Reims academy. « On avait tous des projets chacun de notre côté et on avait monté ce groupe sans rien espérer, c'était la récréation. Et c'est là qu'on s'est fait repérer. C'était un peu comme gagner au loto. » Lorsque le groupe se sépare, en 2014, Anthonin fonde Black Bones. Mais aussi Angel, un projet solo plus mélodique, et The Wolf Under the Moon, création scénique « new wave » estampillée jeune public (mais pas que). « La frustration a été un moteur après les Bewitched », reconnaît-il. Avec Black Bones, il s'offre un terrain de jeu sans limite, à découvrir dans le premier album du groupe, Kili Kili, sorti en octobre. Mais mieux que de l'écouter, c'est en concert qu'il faut l'apprécier. Explosion visuelle et sonore garantie ! L'art d'être complètement barré Vous aimez la langue française ? Passez votre chemin. Black Bones, c'est au mieux de l'anglais, au pire du yaourt. « Je m'amuse moins avec les mots qu'avec les sons et l'image ». C'est qu'il y en a du monde dans la tête d'Anthonin : anges démoniaques, squelettes qui jouent au baseball, loups fluorescents. « Ça part souvent de délires avec les copains. ». Sauf qu'Anthonin, lui, il aime bien aller au bout des choses, même quand c'est complètement barré. Surtout quand c'est complètement barré. Il faut dire qu'avant d'être musicien, l'ange Ternant a étudié les arts, à l'ESAD. Et s'il a finalement choisi la musique, son imagination transpire à travers chaque décor, chaque costume. Comme dans le clip de Deathco, où celui à qui on donnerait le bon dieu sans confession derrière sa frange, se prend pour un ange. Alors forcément, quand on a voulu lui tirer le portrait, devinez devant quel symbole rémois il a souhaité poser...

YUKSEK L’EXTRA TERRESTRE

LE DJ RÉMOIS, YUKSEK, VIENT DE SORTIR SON TROISIÈME ALBUM « NOUS HORIZON », DANS LEQUEL IL S’OFFRE UN VOYAGE DANS LES ÉTOILES AVEC THOMAS PESQUET. LE TEMPS D’UN CAFÉ, IL NOUS A OUVERT LA PORTE DE SON UNIVERS. Deux météores en orbite, chacun dans sa bulle : un studio d’enregistrement pour l’un, une station spatiale pour l’autre. « Live alone », ou le dialogue intérieur entre un dj et un astronaute, est une ode à la solitude. Celle de Yuksek, dans son studio d’enregistrement rémois. « J’y passe beaucoup de temps. J’aime bien être en dehors de l’excitation. » Un brin de réserve, un soupçon d’insolence : le DJ rémois est un mélange de contradictions. À la fois accessible et insaisissable. Ses grands yeux bleus nous fixent dans le joli décor art déco du Café du Palais. Rencontrer un DJ à 9 heures du matin, ce n’est pas banal. « Je ne suis pas un clubber, d’ailleurs, je n’irais pas dans un club si ça ne faisait pas partie de mon travail ». Justement, ça ressemble à quoi une journée de Yuksek ? À une partie de pêche. « L’inspiration vient en travaillant. Je fais souvent l’analogie avec la pêche parce qu’il faut être au bord de l’eau pour attraper un poisson. Parfois, ça ne donne rien, et parfois oui. La musique, je la construis, c’est vraiment de l’artisanat, un truc de besogneux. » Son dernier album, « Nous Horizon », il l’a bâti à contre-courant du précédent. « Je voulais m’ouvrir aux autres et travailler davantage dans l’échange. C’est un album plus généreux, plus soul et beaucoup moins froid. » « Un pur produit rémois » Et Reims dans tout ça ? « C’est confortable et pratique : j’ai mes amis, ma famille et un studio plus grand que si je vivais à Paris. » Comme beaucoup de Rémois, il entretient un sentiment ambivalent avec la cité des Sacres. « C’est une ville assez bizarre. Elle a une image de ville riche avec son centre-ville minuscule, sa cathédrale et l’image du champagne. Le problème c’est que les gens ne se mélangent pas. C’est une ville schizophrène », laisse-t-il échapper tout en affirmant quelques minutes plus tard être « un pur produit rémois ». Pierre-Alexandre Busson a grandi à Cormontreuil, « une banlieue pavillonnaire où il y avait un skatepark », explique-t-il un peu blasé. Il a usé les bancs du conservatoire de musique - il a une formation de pianiste - pendant une dizaine d’années. « Une super expérience, à l’époque c’était dans le centre, dans une bâtisse magnifique », révèle-t-il. Une vieille institution poussiéreuse mais j’ai l’impression que c’est un peu comme ça que ça doit être...